Tapetum Lucidum
Crayon de couleur sur peinture acrylique sur panneau de bois, 2025
Récemment, j’ai eu l’occasion de pister des animaux la nuit avec des chasseurs. Lors de cette traque d’observation, les animaux surgissaient sous forme de phénomènes lumineux, transfigurés en apparitions étranges et irréelles sous l’effet des phares puissants du véhicule sur lequel nous étions embarqué·e·s. La couche au fond de leurs yeux (le tapetum lucidum) réfléchissait les phares d’une façon fascinante que j’ai cherché à manifester plastiquement par ce dessin au crayon de couleur fluo sur fond noir réalisé selon le protocole suivant : j’ai dessiné quelques moutons sur le motif, que j’ai ensuite scanné. J’ai ensuite fait « rêver » le motif par une Intelligence artificielle. Celle-ci a produit des moutons informes, une sorte version molle et déformée des animaux qui eux aussi ont proliféré, à la manière des végétaux de la série Komorebi. J’ai donc reproduit en dessin ce « rêve d’IA ».
L’étrangeté du dispositif tient au fait que l’œil complète mentalement l’image, à la façon dont notre cerveau réduit l’ambiguïté de ce que nous voyons. Ici, la plupart des spectateur·ice·s ne perçoivent pas immédiatement que les moutons ne sont pas représentés de manière réaliste, puisque notre cerveau organise les informations visuelles de manière à percevoir des formes globales, plutôt que de traiter chaque détail individuellement (Gestalt). Le dessin devient alors un espace de projection, d’illusion et de trouble perceptif.